Poésie et brièveté

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a) Le vers

le vers en lui-même : une pensée qui se ramasse dans les limites du vers, ou qui s’interrompt, se suspend.

- les mètres courts : contraint à éliminer toute la graisse de la syntaxe.

- Même l’alexandrin : la phrase contenue dans ses limites est brève. Le vers contredit l’élan de la période. Les limites du vers peuvent être franchies (enjambement, rejet) mais les poètes évitent de multiplier indéfiniment le procédé (risque de monotonie). L’enjambement ne signifie pas forcément allongement de la phrase, puisque souvent, chez Hugo, ou Baudelaire, par ex., la phrase peut finir et recommencer au milieu du vers.

Prendre un ex de Mallarmé…Poésie et brièveté

b) Jeux de structures 

- le refrain, nécessairement bref. Doit avec très peu de mots, un vers (ballade) ou rondeau (un ou deux vers), doit introduire un retour, en même temps qu’une variation du sens.

« Il n’est trésor que de vivre à son aise » (« Contredits de Franc Gontier »)

« Dedans Paris, ville jolie » (Rondeau de Marot)

« Le Pont Mirabeau » ds Alcools.

« Vienne la nuit sonne l’heure

Les jours s’en vont je demeure »

- La forme fixe : par déf. brève.

Formes médiévales : la chanson (lyrique), le lai,

Epigramme ou dizain de Marot.

Sonnet, modèle du poème qui s’impose citation d’amour du 16e siècle au 19e s. comme une image de la perfection, un chef d’œuvre miniature dont la perfection réside justement dans un jeu virtuose avec les contraintes de la brièveté, transmuée en concentration, densité, intensité. (Boileau, Baudelaire, Banville)

Concentration recherchée : rétrécissement (quatrains> tercets), chute sur  le dernier vers.

« Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »

(Rimbaud, « Le dormeur du val »)

 

c) Concentration et émotion

Emotion à produire, qui ne peut se maintenir très longtemps : Poe, Baudelaire. « Un poème long est une contradiction dans les termes ». Le poème épique – Homère ou Milton : sont des textes réussis et poétiques parce qu’ils sont constitués de morceaux qui produisent de l’effet séparément.

Il s’agit de produire un « état de joie » (Claudel) et non la connaissance

à« que de déchet ! quelle charpie ! quel remplissage ! » dit Claudel à propos de Hugo.

Voir par exemple, « Les pauvres gens »

- des chevilles, des faiblesses :

« Pluie ou bourrasque, il faut qu’il sorte, il faut qu’il aille » (…)

« Il s’en va dans l’abîme et s’en va dans la nuit. »

- Le prosaïsme qui coïncide avec le démantèlement de la structure et de l’unité de l’alexandrin :

Diable! diable! dit-il en se grattant la tête

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Concision vs amplitude

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  1. L’héritage du Moyen Age ; le poids de la tradition du lyrisme

a) Les « laisses » médiévales

Moyen age : allongement, saturation des romans en prose par rapport à leurs modèles en vers. Ils « ignorent les ellipses » (commente Michel Zink), n’épargnent aucun détail au lecteur :

Un chevalier arrive sur son cheval, descend de son cheval, et vient saluer Arthur, et dit « Roi Arthur je te salue »…

Auparavant déjà, les chansons de gestes, les chansons narratives allaient vers l’allongement (Michel Zink, Jean Rychner) : les laisses courtes et répétitives, avec un effet de ressac, de refrain, d’écho, laissaient la place à une narration de plus en plus linéaire.

b) Brièveté relative du poème lyrique médiéval

La brièveté est un phénomène du lyrisme au MA.

- La poésie des troubadours, volontiers ramassée, voire énigmatique parce que ramassée (le trobar clus de Raimbaut d’Orange)

-La chanson courtoise peut être longue mais est contenue : 5 à 6 strophes, de 8 à un maximum de 12 vers, et bcp de chansons sont bcp plus courtes. Certaines chansons ne comportent qu’une seule strophe : elle semble suffire à l’effet recherché.

-Plus tard au MA, au moment où la narration ne cesse de s’allonger, la poésie chantée ne s’intéresse plus qu’aux formes fixes, brèves : le rondeau, ou pour les plus longues, la ballade, le chant royal.

Ballade : parfois « double » (un exemple dans le Testament) ou « triple » (une triade, dans le Testament, développe ains un même thème en le parodiant deux fois, deux charges : Ballade des Seigneurs du temps jadis, et ballade en vieux langage françois)

c) La brièveté, phénomène du langage lyrique

Le poème lyrique long se fragmente :

« La Chanson du Mal-aimé ». 

Dans le Bateau la Terre

Dans le Bateau la Terre

Dans le Bateau la Terre, il y a la Terre et le Soleil,
Dans la Terre et le Soleil, il y a les palmes et les branches,
Dans les palmes et les branches, il y a les jours multicolores,
Dans les jours multicolores, il y a le vieil oiseau bleu,
Dans le vieil oiseau bleu, il y a le poisson scie,
Dans le poisson scie, il y a la chaleur,
Dans la chaleur, il y a le poisson sole,
Dans le poisson sole, il y a les hirondelles,
Dans les hirondelles, il y a un melon d’eau,
Et dans le melon d’eau, il y a à manger…

Le manger renverse le melon d’eau,
Le melon d’eau renverse les hirondelles,
Les hirondelles renversent le poisson sole,
Le poisson sole renverse la chaleur,
La chaleur renverse le poisson scie,
Le poisson scie renverse le vieil oiseau bleu,
Le vieil oiseau bleu renverse les jours multicolores,
Les jours multicolores renversent les palmes et les branches,
Les palmes et les branches renversent le Soleil et la Terre,
Le Soleil et la Terre renversent le Bateau la Terre,

Et le Bateau la Terre explose… de joie…

Donovan, Benjamin, Joey, Marius

La joie et la tristesse

La joie et la tristesse.

.La joie c’est joyeux.
La tristesse quand t’es triste.

.Ce n’est pas du tout pareil.
La tristesse c’est quand t’es malheureux.

.Etre joyeux c’est bien.

.Quand je suis joyeux c’est quand on m’apprend des bonnes nouvelles.
La tristesse est liée aux mauvaises nouvelles.

.La plupart des gens préfèrent la joie mais sans la tristesse il n’y aurait pas la vengeance, la trahison.

.La tristesse peut apporter des choses.

.La tristesse n’apporte rien, on est juste malheureux.

.Ce n ‘est pas possible de toujours être joyeux.

.Quand quelqu’un meurt parfois certains disent
« qu’il /elle repose en paix ».

.Sans tristesse il n’y aurait pas de joie.

.Ce n’est pas totalement différent de la joie car on peut penser à plusieurs choses en même temps.

.On a de la peine quelque soit la personne qui meurt.

Théophile Gautier

Avril est de retour,
La première des roses,
De ses lèvres mi-closes,
Rit au premier beau jour,
La terre bien heureuse
S’ouvre et s’épanouit;
Tout aime, tout jouit.
Hélas! j’ai dans le cœur une tristesse affreuse.

Les buveurs en gaîté,
Dans leurs chansons vermeilles,
Célèbrent sous les treilles
Le vin et la beauté;
La musique joyeuse,
Avec leur rire clair
S’éparpille dans l’air.
Hélas! j’ai dans le cœur une tristesse affreuse.

En déshabillés blancs
Les jeunes demoiselles
S’en vont sous les tonnelles
Au bras de leur galants;
La lune langoureuse
Argente leurs baisers
Longuement appuyés,
Hélas! j’ai dans le cœur une tristesse affreuse.

Moi, je n’aime plus rien,
Ni l’homme, ni la femme,
Ni mon corps, ni mon âme,
Pas même mon vieux chien.
Allez dire qu’on creuse,
Sous le pâle gazon
Une fosse sans nom.
Hélas! j’ai dans le cœur une tristesse affreuse.

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